Le camp de Compiègne-Royallieu est, après Drancy, le deuxième camp d’internement de France sous l’Occupation. Ce camp appartient à tout un réseau de camps ou de lieux d’internement qui, pendant l’occupation de la France, ont servi de lieux de transit lors de la déportation de dizaines de milliers de personnes. : Il y a donc toute une série de camps dont Compiègne est l’un des pôles essentiels. De 1941 à 1944 sur 139 000 déportés partis de France, 49 000 sont passés par Compiègne pour aller en Allemagne ou en Europe centrale .
Le camp de Compiègne-Royallieu est un camp de transit, c’est-à-dire une étape entre la prison d’où l’on vient et le camp où l’on va , et c’est aussi le premier centre de déportation des prisonniers politiques.
C’ est aussi le seul camp en France qui dépende exclusivement, durant toute sa période d’activité de l’administration allemande, « le Sicherheitsdienst » (S.D.) : le service de sûreté Nazi .
Le camp se situe au nord du Bassin Parisien dans un faubourg de Compiègne, qui à l’époque s’appelait Royallieu. Il forme un quadrilatère de 400 mètres de côté. Ce camp a été mis en place par les Allemands qui ont utilisé une architecture militaire qui existait depuis la veille de la Première Guerre mondiale : les casernes de Royallieu. Ces casernes ont d’abord servi de camp pour les prisonniers français et britanniques avant de devenir à partir du 22 juin 1941 un camp d’internement.
Sur un espace de 15 hectares, 24 baraques de 60 mètres de long et de 15 mètres de large s’alignent selon un plan en « U », enfermant trois secteurs cloisonnés entre eux par des palissades et des fils de fer barbelés :
Camp A (résistants français)
Camp B (détenus anglo-saxons et certains services allemands)
Camp C (Camp d’otages) subdivisé en « îlots » (ressortissants russes……….. , internés français dits « d’honneur » , femmes , mutins , juifs entre décembre 1941 et juillet 1942).
Les ressortissants des puissances ennemies de l’Allemagne nazie qui résident en France sont arrêtés et certains d’entre eux sont internés à Royallieu. « Russes blancs ou Russes rouges » sont internés ensemble dans un secteur spécifique du camp.
Les conditions pour les différents détenus sont très variables : par exemple pour Les ressortissants Anglo-Saxons (Britanniques et Américains) résidant en France les conditions d’internement sont, beaucoup plus clémentes. Rapidement, les prisonniers civils britanniques sont libérés du fait des assurances données par les Anglais sur le sort des ressortissants allemands résidant en Grande-Bretagne. Pour la plupart des Américains détenus à Royallieu, l’internement n’était qu’une courte étape avant le rapatriement aux Etats-Unis via Lisbonne.
On trouve également à Royallieu des Italiens antifascistes et des Républicains espagnols et aussi des Belges, des Néerlandais et Des peuples des colonies : Nord-africains, « Sénégalais » (AOF), Asiatiques.
Au total, une vingtaine de nationalités composent le camp.
En France, les deux tiers des résistants et opposants politiques arrêtés furent internés au camp de Compiègne-Royallieu :
Les prisonniers politiques représentent environ 70% des détenus du camp.
Les internés dits « raciaux » c’est-à-dire les Juifs, représentent 12% de la population détenue.
A Royallieu, les détenus sont internés peu de temps. Ce n’est qu’une étape de leur douloureux voyage.
La plupart des prisonniers ont été transférés à Compiègne–Royallieu après une première incarcération dans un centre de détention situé près de leurs lieux d’arrestation.
Les prisonniers restent, en moyenne, un mois dans le camp.
Compiègne-Royallieu est l’antichambre de la déportation et bien souvent l’ultime étape française avant la déportation.
Après l’internement à Royallieu, la majorité des prisonniers sont transférés dans des camps de concentration ou dans des camps d’extermination situés en Allemagne ou dans les pays annexés par le IIIème Reich en Europe centrale.
Arrivés dans ces camps, les déportés sont alors contraints au travail forcé jusqu’à épuisement ou bien, sont exterminés dès leur arrivée.
À Compiègne, camp de transit, les conditions d’internement n’ont jamais été aussi dures que dans les camps de concentration et d’extermination. Elles ont été toutefois assez effroyables pour conduire les internés vers la déchéance physique et morale, vers l’humiliation et l’avilissement permanent, et pour certains d’entre eux vers la mort.
La vie quotidienne se déroulait dans la plus pénible promiscuité. L’hygiène y était déplorable. On comptait par exemple cent lavabos pour tout le camp. Ceci s’accompagnait d’une pénurie alimentaire organisée : les rations distribuées ne fournissaient pas l’apport calorique nécessaire à l’organisme.
Les structures d’internement s’avèrent rapidement insuffisantes pour faire face à l’accroissement continu du nombre de détenus. L’entassement dans les chambrées et le sous-équipement sanitaire favorisent la prolifération des parasites et des maladies.
L’organisation de la vie à l’intérieur du camp est entièrement laissée à l’initiative des internés. Ils n’ont affaire aux soldats de la Wehrmacht que pour les formalités d’entrée et les appels journaliers.
Le travail se résume à des corvées de nettoyage ou de soupe.
Pour la majorité des internés, il faut résister à l’avilissement lié à la détention. Pour cela, certains détenus se groupent pour organiser des activités culturelles ou sportives. Les compétences individuelles sont mobilisées pour dispenser des cours ou des conférences, apprendre le jardinage, les jeux de société, et organiser des matchs de football ou de basket en fonction des aptitudes physiques et surtout de la quantité de nourriture.
L’obsédant espoir des prisonniers est de s’évader avant leur déportation. Nombreux furent ceux qui essayèrent, peu d’entre eux y sont parvenus. On a recensé environ 120 tentatives. L’évasion la plus connue s’est produite le 22 juin 1942. Ce jour-là, 19 résistants ont pu fuir par un tunnel de plus de 40 mètres de long creusé durant trois mois, sous les murs d’enceinte. A l’extérieur, des Résistants FTP (Franc Tireur Partisan) les attendaient. Onze d’entre eux ne seront jamais repris. L’évasion fait grand bruit dans le camp et à l’extérieur.
Combien de détenus sont morts de faim, de maladie, ou victimes de leurs geôliers ? On estime à 2300 le nombre de prisonniers fusillés, disparus ou massacrés. Il semble que les exécutions aient commencé à partir de décembre 1941. Les prisonniers ont été fusillés dans deux lieux principaux : la forêt de Compiègne et le Mont Valérien à Suresnes, où 93 détenus de Royallieu sont exécutés dans la seule journée du 11 août 1944.
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Dernière mise à jour : lundi 26 juillet 2010