Lycée Chateaubriand de Rome

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Publié : 26 janvier 2009
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Le sauvetage des juifs bulgares

par Emmanuel M., terminale L

d’après l’ouvrage de Todorov " Fragilité du bien, le sauvetage des juifs bulgares"

L’ouvrage de Todorov, la fragilité du bien, est une recherche sur les raisons du sauvetage des juifs bulgares au cours de la seconde guerre mondiale. L’auteur y mène une double réflexion. La première est de nature historique : pourquoi ont-ils échappé au sort des juifs de Thrace et de Macédoine qui, tout en étant à la merci du même roi, furent exterminés ? A qui doit-on le sauvetage des juifs bulgares pendant la seconde guerre mondiale ? La seconde est aussi une interrogation philosophique : à quoi doit-on le bien, quels sont les facteurs qui permettent l’éclosion du bien ?

Chronologie

octobre 1940 : loi pour la défense de la nation : lois raciales, limitations des libertés des juifs bulgares

mars 1943 : arrestation des juifs bulgares, thraces et serbes. Plus de 11 000 de ceux de Serbie et de Thrace sont déportés et exterminés, 12 reviendront vivants.

En réaction aux arrestations et déportations, les autorités civiles, religieuses, les députés de l’ opposition et 42 de la majorité, exigent et obtiennent la libération des juifs bulgares par des démarches et des pressions sur le gouvernement

mai 1943 : Bélev propose de déporter tous les juifs bulgares vers les camps d’Allemagne. Le roi rejette ce plan, décidant d’évacuer plutôt tous les juifs de Sofia dans la province de Bulgarie

Après Stalingrad et les victoires alliées, le roi s’oppose catégoriquement à la déportation des juifs bulgares. A la veille de l’occupation soviétique de la Bulgarie, la loi pour la défense de la nation est abolie. Le 9 septembre 1944, le régime s’effondre.

Boris III : roi de Bulgarie

Filov : premier ministre bulgare

Gabrovski : ministre de l’Intérieur bulgare

Bélev : commissaire des questions juives

Qui fut le véritable auteur du sauvetage des juifs bulgares ?

La République populaire de Bulgarie attribua le sauvetage des juifs bulgares exclusivement aux communistes. Cette version correspond à l’exigence du régime totalitaire en Bulgarie qui était de conférer une légitimité historique au parti communiste. Or, bien que les communistes se soient engagés dès le début contre la déportation des juifs et les lois raciales, on ne peut pas dire que leur action ait influencé le cours des évènements. En effet, leur vote au Parlement n’empêcha pas l’ adoption des lois raciales (9 voix sur 160), et, leur activité étant clandestine, ils influent peu sur l’ opinion publique.

En dehors de la République populaire de Bulgarie et des zones d’influence soviétique une autre thèse a vu le jour : elle fait du roi Boris III le sauveur des juifs. Il est effectivement vrai que sans le soutien du pouvoir exécutif, c’est à dire du roi, les instances parlementaires, civiles et ecclésiastiques n’auraient pas suffi à enrayer le processus de déportation, comme ce fut le cas dans tous les autres pays d’Europe occupés par les Allemands.

Pourtant Boris III n’agit pas par humanité, du moins en apparence. Sans la victoire des alliés, la mobilisation de son peuple, la mutinerie d’une part de sa majorité parlementaire, il est probable qu’il aurait exçaucè les requêtes d’Hitler. S’il était l’unique auteur du sauvetage des juifs bulgares il faudrait admettre que le bien miraculeux advenu en Bulgarie à cette occasion ne fut qu’accidentel.

Mais bien que le sauvetage des juifs bulgares soit dû empiriquement au roi Boris III, et que ce soit sur son ordre que la déportation n’ait pas eu lieu, le bien n’est pas le produit de la convergence de ses intérêts et des hasards de la seconde guerre mondiale. Les pressions qui le poussèrent à agir sont l’ oeuvre des députés, de l’Eglise orthodoxe, d’un grand nombre de civils bulgares. Le bien naît d’une intention et d’un engagement sincères, bien que leur effet n’apparaisse pas au grand jour mais agisse d’une façon souterraine sur les évènements. Le bien n’est pas si fragile que le titre du livre l’indique.

Dimitar Péchev

L’action de Dimitar Péchev, député de la majorité gouvernementale et vice-président de l’Assemblée nationale bulgare jusqu’en 1943, mérite une attention particulière. En effet, son action pendant la guerre constitue une double exception dans la résistance au nazisme et à la déportation : contrairement à tous les autres justes parmi les nations, il ne visa pas à défendre un ou plusieurs particuliers juifs. La pétition qu’il fait signer contre la déportation à 42 députés est une défense de tous les juifs, elle assume une portée universelle. Ce fut une double exception car Péchev s’attaque à la déportation au nom des lois du pays, il fut le seul homme au cours de la seconde guerre mondiale à mener une action légale contre la politique des nazis.

De plus, alors que de nombreuses actions héroïques n’aboutirent pas, celle de Péchev fut couronnée de succès : la révolte qu’il opéra au sein de la majorité gouvernementale décida le roi à s’opposer à la déportation. En effet, après la pétition de Péchev, le roi n’autorisera plus la déportation des juifs vers les camps d’Allemagne.

C’ est pourquoi on peut dire que l’action de Dimitar Péchev montre un bien solide et efficace : non seulement l’action est motivée par solidarité et humanité (contrairement à l’action du roi faite par intérêt donc étant amorale) ce qui fait d’elle une action purement morale, mais elle est aussi efficace, elle réalise concrètement sa fin : le sauvetage des 48 000 juifs bulgares.