La résistance dans l’Europe occupée par les nazis présente les différentes formes qu’a pu prendre l’opposition aux occupants ou régime nazis au cours de la seconde guerre mondiale.
Il y a deux composantes possibles dans l’activité de la résistance pendant la seconde guerre mondiale :
On peut distinguer avec Jacques Sémelin la résistance civile, souvent inorganisée, et par laquelle les populations occupées tâchent de maintenir leurs valeurs et de manifester leur esprit de refus, de la résistance organisée, qu’elle revête ou non des formes non-violentes. Celle-ci passe par l’existence de mouvements, de réseaux et de maquis, regroupant une minorité de la population, mais qui ne sauraient subsister sans de nombreuses complicités populaires.
Il faut ajouter la résistance extérieure poursuivie hors du territoire national par de nombreux gouvernements en exil et par leurs combattants. Les FFL gaullistes s’illustrent à Bir Hakeim (mai 1942) ou sur le front russe dans l’escadrille Normandie-Niemen.
Des manifestations diverses démontrent toute la guerre l’audience des mouvements de résistance et de la radio de Londres dans l’opinion européenne : célébration des anniversaires-symboles à travers l’Europe occupée (fêtes et grandes victoires nationales), manifestations symboliques en France, où elles ont été les plus nombreuses, celle des étudiants aux Champs-Elysées le 11 novembre 1940, celle du 1er janvier 1941, celle du 31 octobre 1941 en réponse au massacre des otages de Châteaubriant, ou bien la « campagne des V » orchestrée par la BBC, qui couvre les murs de Paris du signe de la victoire à l’irritation des Allemands.
De nombreux civils européens se dévouèrent pour offrir une protection opérante aux pourchassés et persécutés, résistants, aviateurs abattus, défaillants du STO, et bien sûr aux Juifs. Les manifestantes ‘‘aryennes’’ de la rosenstrabe parvinrent en 1943, en plein Berlin, à faire libérer leurs maris juifs. En Bulgarie, un vaste mouvement d’opinion empêcha la déportation des Juifs nationaux au printemps 1943. De nombreux "Justes parmi les Nations" sauvèrent des Juifs de la mort.
Elle passe par l’organisation d’une presse clandestine (un millier de titres en France), de réseaux de renseignements, de groupes de sabotages, de mouvements de lutte armée. Les résistants proviennent de tous les milieux. Si leurs divisions politiques et stratégiques peuvent se conclure sur des affrontements sanglants en Yougoslavie, en Pologne et en Grèce, et que la guerre civile entre communistes et Guomindang reprend en Chine aussitôt le Japon vaincu, en revanche la résistance intérieure française parvient à un haut degré d’unification, le Conseil National de la résistance étant fondé le 27 mai 1943 par Jean Moulin sous l’autorité de la France libre.
Les Alliés firent des résistants une source non négligeable de renseignements et trouvèrent en elle un appui précieux pour les sabotages stratégiques, ainsi à la veille du débarquement en Normandie en France ou de l’opération Bagration en Biélorussie (22 juin 1944), où d’innombrables destructions de voies ferrées et de moyens de communication aidèrent les offensives. Ils ne furent pas toutefois sans se méfier souvent de ces soldats sans uniforme, ou sans sous-estimer leur efficacité.
La résistance intérieure française, appelée en France la résistance, désigne l’ensemble des mouvements et réseaux clandestins qui durant la seconde guerre mondiale ont poursuivi la lutte contre l’axe et ses relais collaborationnistes sur le territoire français depuis l’armistice du 22 juin 1940 jusqu’à la libération en 1944.
Cette lutte a consisté en des actions de renseignement, de sabotage ou des opérations militaires contre les troupes d’occupation (essentiellement allemandes) et aussi les forces du régime de Vichy.
Si la résistance active et organisée n’a jamais rassemblé plus de 2 ou 3 % de la population française, elle n’aurait pu survivre ni se développer sans de multiples complicités populaires, en particulier à l’époque des maquis. Le 18 juin 1940, le général de Gaulle a appelé à la radio les Français qui avaient une quelconque compétence militaire à venir le rejoindre à Londres. Ceux qui ont répondu à son appel sont normalement classés comme membres de la « France libre » ou résistants de l’extérieur. La résistance de l’intérieur concerne les hommes et les femmes qui agissent en France, soit en zone occupée, dite zone Nord, soit en zone Sud, non occupée jusqu’en novembre 1942. Ils se sont organisés pour perpétrer des actions contre les forces de l’Allemagne nazie, donc contraires à la légalité de l’occupant ou du gouvernement de Vichy.
Les composantes politique et militaire de la résistance peuvent être parfois séparées. Il y a en fait deux aspects dans l’activité de la résistance en France, pendant la seconde guerre mondiale :
• une réaction nationale contre l’occupation étrangère et de lutte militaire pour l’indépendance nationale, qui est la principale, ou l’une des principales motivations chez la majorité des résistants ;
• une lutte politique et morale contre le nazisme, contre la dictature, contre le racisme et la déportation, qu’il faut aussi prendre en compte si l’on veut pouvoir expliquer la présence d’Allemands dans la résistance française et même d’un maquis d’antifascistes allemands entre 1942 et 1944, dans les Cévennes.
Dans cette composante politique et morale, il faut aussi situer le Mouvement National contre le Racisme qui publie Fraternité et J’Accuse ou les réseaux de chrétiens à l’origine de Témoignage Chrétien. On peut aussi situer dans cette seule dimension politique la résistance trotskiste, ainsi que les unités espagnoles de guérilla dans le sud-ouest.
Ces deux réactions se combinent souvent, en particulier chez les militants socialistes, radicaux, au sein de la droite républicaine et chez la plupart des militants communistes.
La résistance communiste
Le Parti communiste a été dissout en septembre 1939, après la conclusion du pacte germano-soviétique ; depuis, l’appareil du parti survit dans la clandestinité.
Jusqu’en avril 1941, les communistes ne renvoient pas dos à dos les belligérants britanniques et allemands et prennent contact avec l’occupant, mais à partir de juin 1941, l’invasion de l’URSS par les Allemands jette les communistes français dans la lutte contre l’occupant. L’expérience de la clandestinité donne alors aux communistes une longueur d’avance sur les autres mouvements.
Les communistes développent rapidement un mouvement de résistance armée, les Francs-tireurs et partisans français (FTPF), dirigé par Charles Tillon.
Le plus gros maquis français, celui du Limousin est d’obédience communiste et dirigé par Georges Guingouin qui a formé ses premiers groupes de sa propre initiative.
Des communistes sont également présents dans des mouvements de résistance non communistes. Ce sont souvent des militants qui n’occupaient pas, avant-guerre, une place centrale dans l’appareil du parti et qui, privés de contact avec le parti clandestin, ont eu l’opportunité de rallier un autre mouvement. Le parti les a ensuite encouragés à rester dans ces organisations.
Il en est de même du Front national, mouvement de résistance politique, organisé par profession.
La résistance socialiste
Nombreux dans la résistance, les socialistes sont moins visibles en tant que tels car, contrairement aux communistes, ils lient rarement la reconstitution du parti et l’adhésion à des mouvements de résistance. La résistance socialiste est plus dispersée, en grande partie parce que la SFIO elle-même était incomparablement moins centralisée que le PCF, reposant bien davantage sur les élus et cadres locaux.
Le sabotage
Le sabotage est une forme d’action que peuvent ambitionner tous les groupes désireux de dépasser la diffusion de presse clandestine. De nombreux laboratoires clandestins se mettent en place pour produire les explosifs, indispensables. Jules Dumont et la chimiste France Bloch-Serazin montent en août 1941 un petit laboratoire pour fournir des explosifs aux premiers combattants communistes. Le laboratoire produit également des ampoules de cyanure pour permettre à ces combattants de se soustraire à la torture en cas d’arrestation. En zone Sud, l’ancien royaliste Renouvin se livre aux mêmes activités pour le compte des groupes francs de Combat.
À la longue, le vol de dynamite sera préféré à la fabrication artisanale. Les Britanniques en parachutent également des tonnes à destination de leurs réseaux SOE dont l’une des missions essentielles est le sabotage. Les chemins de fer sont la cible préférée des saboteurs. On comprend d’ailleurs bien vite que le déboulonnage est autrement plus efficace que les explosifs.
Les déraillements de train sont d’une efficacité discutable pendant toute la période de l’occupation où les Allemands parviennent à réparer les voies assez rapidement. Après le débarquement de Normandie et celui de Provence, joints aux bombardements alliés, ils peuvent désorganiser plus efficacement la retraite des Allemands. Les sabotages des voies font évidemment moins de dégâts collatéraux que les bombardements.
Les sabotages du matériel sortant des usines d’armement a été une forme d’action plus discrète, mais vraisemblablement au moins aussi efficace que les attentats à l’explosif.
La guérilla urbaine
Les pratiques de guérilla sont, en gros, l’apanage des groupes communistes. Il s’agit de perpétrer des attentats pour frapper l’ennemi au cœur des villes. Une première vague d’attentats a lieu immédiatement après l’entrée en guerre de l’URSS, en juin 1941. Les communistes ont alors un objectif clair, participer à la guerre aux cotés de l’URSS de la même façon que les Français libres participent à la guerre aux cotés des Britanniques. L’objectif est d’immobiliser le maximum de troupes allemandes à l’Ouest.
Les groupes qui livrent à Paris une série d’attaques directes contre des soldats ou des officiers Allemands de juillet à octobre 1943, sont biens organisés. Joseph Epstein, alias colonel Gilles est un responsable des FTP-MOI à qui l’on a également confié la responsabilité des combattants FTP de l’ensemble de la région parisienne où la formation de véritables commandos de quinze combattants permet de réaliser un certain nombre d’actions spectaculaires, comme l’attaque d’un détachement allemand qui monte vers la place de l’Étoile au pas de l’oie. Cela n’aurait pas été possible avec les groupes de trois qui étaient la règle dans l’organisation clandestine depuis 1940. Ces commandos sont constitués d’étrangers de la MOI. Le groupe de Manouchian est le plus célèbre.
Les maquis
On désigne par maquis des groupes de résistants opérant dans les régions peu accessibles, où une végétation abondante peut masquer des mouvements de groupes. Les massifs montagneux français, Alpes, Jura, Massif central, Morvan… sont souvent propices à de telles implantations.
À quelques exceptions près, comme celle de Georges Guingouin, les résistants ne songent guère à créer des maquis avant 1943. C’est l’afflux de réfractaires qui tentent d’échapper au Service du travail obligatoire (STO) instauré à partir du 16 février 1943 qui suscite la création des maquis, où des résistants plus chevronnés encadrent les jeunes réfractaires. Par ailleurs, à cette même date, la résistance a atteint un degré de maturité suffisant pour envisager le contrôle de quelques territoires. Après que, sous l’impulsion de Jean Moulin, les trois mouvements de la zone sud ont fusionné sous l’appellation de MUR, un Service national des Maquis (SNM) est mis en place, en mars 1943, sous la responsabilité de Michel Brault. En octobre 1943, le SNM estime à 43 000 le nombre des maquisards relevant de ses services (22 000 en zone sud - 14 000 en camp et 8 000 placés - et 21 000 en zone nord - 14 000 en camp et 7 000 placés), auxquels s’ajouteraient 65 000 sédentaires (50 000 en zone sud, 15 000 en zone nord) et les maquis FTP, 5 000 en zone sud et 7 000 en zone nord.
Surgissent alors des problèmes de toutes sortes : motivation très variable de la part des réfractaires pour adhérer à un projet de résistance, difficultés matérielles pour l’approvisionnement, armement insuffisant, mais au cours du temps, un nombre assez considérable de maquis sont créés, au point qu’ils symbolisent, dans une certaine mesure, l’idée même de résistance.
À travers les maquis, la résistance prend elle-même des formes diverses, selon les tactiques adoptées. On y voit s’exprimer des divergences qui apparaissent dans la dernière année de l’occupation allemande. Les « gaullistes », avec les organisations des MUR ou de l’ORA, préfèrent garder leurs maquis en réserve pour une action généralisée et concentrer leur activité sur la transmission de renseignements aux Alliés et aux FFL, alors que les maquis FTP prétendent se lancer dans des opérations de harcèlement des forces allemandes et de la Milice ( milice créée le 23 janvier 1943 à la suite de la dissolution de l’armée d’armistice consécutive à l’invasion de la zone sud par les Allemands, va devenir un acteur important de cette période. Elle est engagée dans des opérations frontales de lutte contre les maquis, donnant ainsi à cette période de 1943-1944 une allure de guerre civile, qui ne se termine que fin 1944 avec l’arrêt de l’épuration et l’affirmation du gouvernement De Gaulle).
À trois reprises, des maquis subissent de lourdes pertes pour avoir accepté un affrontement trop direct avec les troupes allemandes toujours supérieures. Le maquis des Glières, en Haute-Savoie, est créé par l’AS en janvier 1944 et commandé par l’ancien officier d’active de chasseurs alpins Tom Morel. Quelque 450 combattants rejoignent le plateau des Glières : environ 300 de l’AS, une centaine de FTP et une cinquantaine de républicains espagnols réfugiés. Encerclés par les forces de l’ordre vichystes dès le 13 février 1944, ils reçoivent des parachutages d’armes, mais, en mars 1944, ils sont attaqués par environ 3 000 chasseurs de montagne allemands et 7 à 800 francs-gardes de la Milice française. Après un baroud d’honneur, ils doivent se disperser : 130 maquisards perdent la vie dans les combats, mais surtout au cours du repli ou à la suite de leur capture.
Dès la fin mai 1944, 2 500 hommes se sont rassemblés au Mont-Mouchet, en Auvergne. Après une première attaque qui échoue, le 2 juin, les Allemands attaquent à nouveau, le 9 juin. Les rescapés se regroupent vers la Haute-Truyère. Ce sont 5 000 hommes que la Wehrmacht attaque le 18 juin, faisant au moins 100 morts parmi les maquisards sans compter les victimes des actions de représailles. Le 20 juin, l’ordre de dispersion générale est prononcé.
Les pertes seront encore plus lourdes au maquis du Vercors attaqué le 21 juillet 1944. 4 000 hommes s’y sont concentrés, avec le soutien des différents mouvements de résistance intérieure, du BCRA et des Britanniques. Seuls les FTP se sont toujours opposés au projet. Le Massif du Vercors est complètement entouré de falaises, mais les planeurs de la Wehrmacht utilisent une piste d’aviation préparée pour recevoir des renforts alliés. En plus des 840 morts dont 200 civils, de nombreux maquisards seront déportés.
Parallèlement à la résistance intérieure qui agit sur le territoire métropolitain s’organise une résistance hors de France, autour du Général de Gaulle, installé à Londres, la France Libre.
La résistance dans l’empire colonial français. Selon l’armistice de juin 1940, les divers territoires de l’ancien Empire colonial français restait sous la souveraineté du nouveau gouvernement de Vichy. À de rares exceptions près, comme la Tunisie, les territoires de l’Empire français n’ont pas été occupés par la Wehrmacht. Néanmoins, il a existé certaines formes de Résistance, notamment en Indochine, contre les Japonais. A la suite de l’Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, plusieurs colonies françaises et un territoire sous-mandat se placèrent rapidement sous son autorité : les cinq comptoirs de l’Inde française furent le premier territoire à rallier la France libre sous l’influence du gouverneur Bonvin, puis les Nouvelles-Hébrides, les archipels des Établissements français de l’Océanie, Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna, dans le Pacifique, Tchad, Congo, Cameroun français, Oubangui-Chari en Afrique suivirent. La libération ultérieure d’autres colonies et territoires sous mandat par les Forces françaises libres (FFL). Après l’échec devant Dakar d’une tentative de ralliement de l’Afrique occidentale en octobre 1940, les Forces françaises libres placée sous le commandement de Leclerc prennent par la force le contrôle du Gabon, en octobre et novembre 1940. Ils parachèvent ainsi le ralliement de l’Afrique Equatoriale Française. ar la suite, les Forces navales françaises libres de l’amiral Muselier s’imposent à Saint-Pierre-et-Miquelon, contre l’avis du gouvernement américain. Par ailleurs, lorsque le général Dentz commandant l’armée française au Levant eût accordé une base à l’aviation allemande pour bombarder les forces britanniques en Irak et livré ses réserves d’armes aux troupes irakiennes combattant les mêmes Britanniques, ces derniers et les Français libres s’emparèrent de la Syrie et du Liban qui passèrent ensuite, non sans peine, sous le contrôle de la France libre. Peu après le débarquement allié en Afrique du Nord, Churchill, qui avait auparavant fait débarquer ses forces à Madagascar, sans leur associer les Forces françaises libres, se ravisa et remit la grande île à la France libre. Les Forces françaises libres rallièrent par la même occasion l’île de La Réunion et la côte française des Somalis.
La résistance française en Afrique du Nord L’une des actions les plus significatives de la résistance française extérieure, par ses circonstances et par ses effets, a eu lieu le 8 novembre 1942 à Alger, permettant le succès de l’opération Torche, le débarquement allié en Afrique du Nord : Selon les accords passés secrètement à Cherchell, le 23 octobre 1942, entre la résistance algéroise et le commandement allié, 400 résistants mal armés, dont les deux tiers était juifs, neutralisent à eux seuls, le 8 novembre 1942, les batteries côtières de Cherchell, ainsi que le XIXe corps d’armée d’Alger pendant une quinzaine d’heures. Ils occupèrent pour cela, pendant la nuit du 7 au 8 novembre, presque tous les points stratégiques, et réussirent à arrêter le général Juin, commandant en chef, ainsi que l’amiral Darlan, inopinément présent à Alger cette nuit-là. C’est grâce à ces patriotes français, qui empêchèrent d’abord la garnison vichyste de se mobiliser, puis concentrèrent sur eux la répression, que les forces alliées purent débarquer sans opposition, encercler Alger et en obtenir la reddition le jour même. En revanche, à Oran et au Maroc, où d’autres résistants avaient échoué, les forces de Vichy livrèrent un combat sanglant aux Américano-britanniques, et les tinrent en échec pendant trois jours. Elles ne cessèrent le feu que le 10 novembre, sur l’ordre de leurs supérieurs Darlan et Juin, prisonniers des alliés : Ces derniers, après avoir d’abord refusé d’ordonner le cessez-le-feu à Oran et au Maroc, finirent par obtempérer aux injonctions et aux menaces du général américain Clark. Or, à l’heure où les généraux de Vichy tiraient sur les alliés à Oran et au Maroc, ils livrèrent la Tunisie intact à de faibles forces allemandes sans un seul coup de feu. Force est donc de constater que l’attitude des généraux de l’armée d’Afrique n’a pas été dictée dans ces circonstances, par leur respect des conventions d’armistice, mais par un réflexe collaborationniste. Si donc la résistance n’avait pas réussi à paralyser Alger, par son putsch du 8 novembre 1942, le débarquement allié y aurait été repoussé comme au Maroc, et les Allemands au lieu de se contenter d’occuper la Tunisie, auraient pu accourir au Maroc et occuper toute l’Afrique du Nord. Quant à l’armée d’Afrique elle serait bien rentrée en guerre, mais dans le mauvais camp. Rarement un acte de Résistance aura eu un tel impact. Pourtant cet événement a été largement occulté, car il était douloureux pour les généraux de Vichy et leurs admirateurs d’après-guerre d’admettre que l’une des grandes victoires de la guerre a été gagnée par des civils qui arrêtèrent des généraux au bon moment et au bon endroit. La résistance française en Afrique du Nord, après le débarquement allié Si le succès du débarquement allié en Afrique du nord a constitué le tournant de la guerre, il ne constituait pas pour autant une vraie libération, puisque les autorités alliées ont traité avec l’amiral collaborateur Darlan, auxquels ils ont laissé le pouvoir en Afrique du Nord, en échange de la rentrée en guerre contre les Allemands des forces vichystes. Darlan a maintenu le régime de Vichy dans le camp allié avec toutes ses lois oppressives et racistes, et maintenus tous les résistants condamnés par Vichy dans les terribles camps de concentration du sud. Les anciens volontaires du 8 novembre 1942 et les patriotes locaux organisèrent alors une résistance de plus en plus forte pour obtenir le retour aux lois démocratiques et la libération des patriotes toujours internés. Darlan fut abattu par le jeune résistant Fernand Bonnier de la Chapelle. Le général Giraud qui succéda à Darlan n’était pas un collaborateur. Mais il était également un admirateur du maréchal Pétain et de son régime. Il inaugura son mandat en faisant arrêter les chefs de la résistance algéroise qui avaient permis le succès du débarquement allié
Une motivation principale des deux formes de résistances, extérieure et intérieure, était que les Français soient présents aux cotés des alliés lors de la victoire finale espérée. La question vient alors d’elle même : Quel a été le rôle de la Résistance dans la libération du territoire ? Il est difficile de donner une réponse tranchée à cette question qui appelle des éléments de réponse : En septembre 1943, les résistants corses déclenchent une insurrection qui libère l’île avec l’aide de commandos venus d’Afrique du Nord. À partir de juin 1944, FFI et FTP, unifiés sous le commandement du général Kœnig s’efforcent de participer activement à la libération des autres départements français. À la suite du débarquement en Normandie, en juin 1944, Les maquis et les différents réseaux de sabotage interviennent, soit en engageant le combat afin de fixer les forces ennemies, soit en désorganisant les réseaux de communications ferroviaires utilisés par les Allemands : plan vert pour les voies ferrées, plan violet pour les lignes téléphoniques et plan bleu pour les installations électriques. Le plan Paul, vise, lui, à détruire les dépôts allemands de munitions et de carburants, à harceler les renforts allemands et à préparer l’arrivée des troupes alliées. Le déclenchement de l’insurrection parisienne qui s’est achevé par la Libération de Paris le 25 août 1944 avec l’appui de la 2e Division blindée du général Leclerc est un des moments glorieux les plus célèbres de la Résistance française, mais il est très difficile de faire la part de ce qui ressort de la manifestation populaire, de l’opération psychologique d’une part et de l’efficacité militaire d’autre part. Moins discutable est la libération de la plus grande partie du sud-ouest et du centre de la France, et, dans le sud-est, l’aide apportée à la progression de la 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny débarquée en Provence en août 1944. On se réfère souvent au commentaire du général Eisenhower dans son « Rapport sur les opérations en Europe des forces expéditionnaires » : « Notre QG estimait que par moment, la valeur de l’aide apportée par les FFI à la campagne représentait l’équivalent en hommes de 15 divisions d’infanterie et grâce à leur assistance, la rapidité de notre avance en France en fut grandement facilitée. » Au printemps 1945, lorsque le territoire français est complètement libéré avec la réduction des dernières poches tenues par les Allemands, on peut esquisser un bilan des pertes : 20 000 FFI ou FTP tués au combat, 30 000 fusillés, plus de 60 000 déportés dans les camps, dont un peu moins de la moitié ne reviendront pas. Quelle que soit l’appréciation que l’on peut porter sur son efficacité militaire, l’action de la résistance a bien servi la France sur le plan politique. Après la libération, les résistants, en s’engageant dans la nouvelle armée française reconstituée combattant aux côtés des Alliés, ont permis d’associer la France à la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie.
En réalisant une large union parmi les Français et en ne cédant pas aux tentations de guerre civile, la résistance a occupé un rôle de premier plan dans le rétablissement de la république et dans le renouveau de la politique française. Beaucoup de résistants auraient sans doute aimé s’affranchir des partis traditionnels et le rétablissement, en 1946, d’un régime d’Assemblée, ne correspondait pas forcément à l’idéal de changement profond qui avait pu motiver leur engagement dans la résistance. Les tentatives de créer un grand parti de la résistance échouèrent. C’est donc dispersés qu’ils œuvrèrent pour la reconstruction administrative, politique, économique et sociale de la France. L’héritage de la résistance marquera durablement la vie politique française. Le programme du CNR se réalisera par le vote des femmes, la nationalisation des secteurs clés de l’économie et la création de la sécurité sociale.
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Dernière mise à jour : lundi 26 juillet 2010