Lycée Chateaubriand de Rome

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Publié : 28 janvier 2009
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Daniel Trocmé, un Juste.

Cette année le Lycée Chateaubriand a décidé pour la Journée de la Mémoire de rendre un hommage particulier à l’un des siens, Daniel Trocmé.

Daniel Trocmé qui a enseigné au Lycée entre 1937 et 1940 a fait un choix durant la guerre : il a décidé de porter secours à ceux qui étaient persécutés par le régime de Vichy et les nazis en les accueillant, les cachant et ce choix lui a coûté la vie. Arrêté en 1943 par la Gestapo il a été déporté et est mort au camp de Maïdanek en avril 1944.
Pour comprendre mieux qui il était et dans quel contexte il a agi nous vous invitons à suivre son parcours à travers cette exposition.

Quand Daniel Trocmé commence sa carrière d’enseignant et se trouve au lycée Chateaubriand à Rome, Hitler est au pouvoir en Allemagne depuis plusieurs années et a déjà mis en œuvre de nombreux principes de l’idéologie qu’il défend, le nazisme. Parmi ces principes, les idées racistes et antisémites occupent une place centrale. En Italie aussi le régime fasciste de Mussolini se radicalise et adopte en 1938 les lois antisémites sur le modèle allemand.
La France alors est encore une République démocratique, mais l’antisémitisme y est très présent. En 1940 la France est battue et occupée dans sa partie nord par l’Allemagne. La IIIème République est abattue et remplacée par l’Etat français à la suite d’un coup d’Etat que légalisa le Parlement le 10 juillet 1940 : c’est une dictature dirigée par le Maréchal Pétain. Cette dictature dont la capitale est à Vichy (et qu’on appelle aussi le régime de Vichy) est très influencée par les idées nazies. Elle adopte aussi une politique antisémite et des lois raciales. De plus ce régime décide de collaborer avec l’Allemagne nazie et en particulier de participer à la déportation des Juifs français et étrangers qui avaient trouvé refuge en France.
C’est par conséquent dans un contexte particulièrement dur que Daniel Trocmé décide de rejoindre son oncle André Trocmé, pasteur. Cet homme était installé depuis quelques années au Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire et avait réussi à convaincre les membres de sa communauté de refuser les lois de Vichy, les lois antisémites et de refuser de participer à la persécution des populations visées par le régime (Juifs, Républicains espagnols, notamment). Il faut dire qu’André Trocmé se trouve dans une région particulière, le village du Chambon-sur-Lignon est un village qui a une longue tradition de résistance. Quand Louis XIV à partir de la Révocation de l’Edit de Nantes (l’Edit royal de tolérance qui autorisait la religion protestante aux côtés de la religion catholique) de 1683 voulut éradiquer le protestantisme du royaume, il se heurta dans certaines régions à la résistance des populations, en particulier dans le sud du Massif central, dans la région qu’on appela le Désert.
En arrivant au Chambon-sur-Lignon, en 1942, Daniel Trocmé prit la direction d’une maison d’accueil d’enfant réfugiés « les Grillons », puis un peu plus tard du « Foyer universiaire des Roches ».
Malheureusement à la suite d’une dénonciation la Gestapo arrêta Daniel Trocmé et plusieurs des adolescents et jeunes gens dont il avait la responsabilité. Il aurait pu fuir, mais il ne voulut pas les abandonner, c’est ainsi qu’il subit la déportation : envoyé d’abord dans un camp de transit en France, le camp de Compiègne, il est ensuite déporté aux camps de Buchenwald et de Dora et finalement au camp de Maïdanek où il meurt en avril 1944 (très probablement le 2 avril).
Dans les pays occupés, la Résistance souvent très minoritaire au départ a consisté à lutter contre l’oppression et la barbarie fasciste et nazie. Pour certains il s’est agi d’une action combattante, pour d’autres comme Daniel Trocmé elle a consisté à protéger, cacher, soutenir des populations persécutées. Et c’est ainsi que des milliers d’individus ont pu survivre et traversé la nuit de la 2ème guerre mondiale. Si l’on ne saura jamais le nombre exact de personnes que la population du Chambon-sur-Lignon a sauvé, celui qui dans la clandestinité devait faire pour eux des faux-papiers estime qu’il s’approchait de 5000, soit une personne sauvée par habitant de la région.
Durant la guerre le Chambon-sur-Lignon a ainsi accueilli de nombreuses personnes comme Albert Camus qui a et ce n’est surement pas un hasard commencé là la rédaction de la Peste
En 1976, le Mémorial de Yad Vashem décida de remettre à Daniel Trocmé le titre de « Juste parmi les nations » ainsi qu’au village du Chambon-sur-Lignon à titre collectif. Le Chambon-sur-Lignon a été un des rares cas de sauvetage collectif de juifs pendant la guerre. En Italie d’autres individus ont aussi participé à ces cas de sauvetage trop rares et ont obtenu le titre de Juste. Il y eut ailleurs en Europe comme en Bulgarie des actions de sauvetage collectif. L’action de Daniel Trocmé doit rester vivante parmi nous : la connaissance de l’histoire, le souci de vouloir garder trace de ces moments comme l’a fait Pierre Sauvage dans son documentaire, les « Armes de l’esprit » sont des moyens efficaces d’y contribuer et de nous permettre de comprendre que si nombreux ont cédé à la peur, à la routine, démontrant la "banalité du mal" comme l’a écrit Hanna Arendt à propos d’Eichmann, d’autres mesurant toute la « fragilité du bien » ont agi, ont réagi. Il y a la grande histoire : Ce qui s’est passé en Europe entre l’avènement du nazisme et en janvier 1933 et la chute de Berlin le 8 mai 1945 nous impose toujours d’etre vigilant face au racisme et à toutes ses manifestations. Et il y a l’histoire d’individu qui pris dans cette grande histoire ont fait des choix et ont pris des risques au nom de certaines idées comme nous l’explique Marie-Eve Gardère, Présidente de la LICRA-Italie, dans son intervention au cours de la cérémonie en hommage à Daniel Trocmé.

Nos remerciements à tous ceux qui nous ont aidé à organiser cet hommage.